La huppe fasciée, de passage

Je ne connaissais pas encore son nom lorsque mon regard a été attiré par elle.
Posée là, dans le jardin, elle avait quelque chose de rare, de furtif, presque d’irréel.
Je n’en avais encore jamais vu et notamment d’aussi près, et pourtant je sentais déjà qu’il ne faudrait pas trop m’approcher, au risque de la voir s’envoler aussitôt.
Alors j’ai aussitôt attrapé mon appareil.
Non pas pour la retenir.
Encore moins pour la posséder.
Seulement pour garder une trace de cette visite qui me donnait déjà l’impression d’un privilège.
Ses couleurs, sa silhouette, la forme si singulière de sa huppe… tout en elle attirait le regard. Même de loin, même imparfaitement, elle restait merveilleuse.
Ces clichés ne sont peut-être pas les plus beaux.
Mais ils portent autre chose.
Ils portent le souvenir d’un instant où le jardin m’a demandé d’ouvrir davantage les yeux.
Comme si cette visite venait me rappeler que certaines beautés ne s’imposent pas.
Elles apparaissent.
Elles se laissent entrevoir.
Et puis elles repartent.
Cette huppe fasciée m’a laissé l’impression d’un honneur silencieux :
celui d’avoir été là au bon moment, assez attentive pour la remarquer, assez émerveillée pour vouloir en garder une trace.
Il existe des présences qui ne viennent pas pour rester.
Elles viennent seulement rouvrir notre regard.
Et cela suffit parfois à illuminer toute une journée.
