Reviens nous voir

Il y a trois ans, sur ce chemin familier qui borde le jardin, mon regard s’est arrêté sur deux petites fleurs.
Elles étaient simples, délicates, presque discrètes.
Je ne cherchais pas une grande révélation.
Je cherchais seulement de beaux clichés, un peu de lumière, une présence à saisir. Et pourtant, quelque chose dans leur manière d’être là m’a touchée.
Deux fleurs déjà ouvertes au monde.
Entre elles, des boutons encore fermés, en formation, comme de petites promesses silencieuses.
J’ai aimé leur tendresse, leur couleur douce, la lumière qui semblait caresser leurs pétales.
J’ai aimé aussi cette attente invisible, comme si elles n’espéraient rien d’autre qu’un pollinisateur, ou peut-être simplement un regard.
A présent, en retrouvant cette photo, je comprends qu’elle racontait déjà quelque chose de mon histoire.
Il y avait ce qui était ouvert.
Ce qui ne l’était pas encore.
Ce qui attendait son heure.
Et ce jardin, que je croyais seulement photographier, me parlait déjà sans que je sache encore l’entendre.
Alors, en regardant ces fleurs aujourd’hui, j’ai l’impression qu’elles me murmurent doucement :
« Reviens nous voir. »
Comme une invitation à revenir au vivant.
À revenir à la lumière.
À revenir à ce qui pousse en silence.
Peut-être que certaines rencontres ne livrent leur sens que bien plus tard.
Peut-être que certaines photos attendent simplement que nous soyons prêts à les comprendre.
Ce jour-là, je croyais photographier deux fleurs au bord d’un chemin.
Aujourd’hui, j’y vois le commencement discret d’un dialogue entre le jardin que je contemple et celui qui grandit en moi.
